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Air Batang road

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Quand tu débarques à Air Batang, deux choses principales te frappent, la route qui fait 1m30 de large et les scooters-sidecars d’1m25 handmade qui y circulent à 10 ou 12 km/h. Au tout début, tu trouves ça ingénieux car les locaux ont parfaitement su adapter leurs moyens de locomotion au format des rues, puis au bout de 20 min tu commences à trouver ça franchement con, car à Air Batang, il n’y a qu’une seule voie et que de bout en bout elle doit faire environ 500m. J’imagine bien un ado « Airbatanguais » qui, à 12 ans, se fait offrir son premier scoot :
- Tiens Moktar, enjoy !
- Oh merci maman, je vais pouvoir aller acheter le riz en 1 minute, alors qu’à pied j’en mets bien 2 !
- Oui mais fais bien attention, mets bien tes tongs quand tu conduis.

Ici on ne rigole pas avec la sécurité.
Ce qui est vraiment drôle, c’est qu’au bout d’Air Batang, il y a un grand escalier qui traverse un petit bout de jungle et qu’en quelques minutes tu te retrouves sur une grande route qui fait 2km et qui t’amènes au centre de Tekek : la capitale* de Tioman. Alors les mecs d’AirBatang se garent tous devant l’escalier et partent faire leurs courses à pieds…

Hier, j’ai tendu une belle slackline dans le parc de Moktar juste en face de notre guesthouse sans demander l’autorisation à Momo qui est une personne assez froide au premier (et au second) abord. Illicitement, j’ai pleinement profité de ma sangle quand la nuit est finalement tombée. Pris par mes activités de père famille, j’ai laissé le tout solidement fixé entre les deux cocotiers. Ce n’est que vers 22h qu’un cri relativement différent de ceux des singes nous a alerté, c’était ce bon vieux Moktar ! Il avait foncé tête baissé avec son side-scoot en plein dans la slack. C’était la première fois qu’il me parlait en Malais et sans bien comprendre les mots, j’ai parfaitement saisi le fond de sa pensée. Tout en l’aidant à franchir l’obstacle, j’ai platement excusé notre vieille dame d’avoir tendu son fil à linge si bas. Je pense que cette histoire va se perpétuer de père en fils chez les Moktar, le pauvre vieux était à deux doigts de se faire décapiter, Momo, si tu me lis : encore pardon.
* Capitale = 3 magasins, 2 boutiques détaxées, une école et un aérodrome.



 

Human octopus

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Sur une île comme celle de Tioman, il y a un sport qui n’existe pas au Cap d’Agde et encore moins à Brive la Gaillarde, ça s’appelle le snorkeling. Le snorkeling c’est la grande classe, surtout le nom : « snorkeling », ça claque, un peu comme la highline ou le ski-touring, mais si on devaiit comparer ça a une discipline olympique, ça se rapprocherait plus du curling. Car en fait le snorkeling, y a rien de plus simple et de moins fatiguant ; tu mets ton masque et ton tuba et tu te laisses brasser par les vagues comme un poulpe en regardant ce qui se passe autour de toi. Après, je n’dis pas il y a peut-être des snorkeleurs plus sportifs*, mais moi personnellement je le pratique comme ça. J’ai même élaboré une technique pour me fatiguer encore moins, je garde mes crocs aux pieds, comme ça je n’ai pas à faire d’effort pour rester allongé. Ce qui est vraiment génial avec le snorkeling, c’est qu’outre le fait que tu vois des trucs presque aussi beau que dans Némo, tu as la tête sous l’eau, et avec la tête sous l’eau tu n’entends plus les cris de tes enfants sur la plage et ça, ça n’a pas de prix.
Du coup à chaque fois qu’une dispute explose à cause d’un coquillage qui est à l’un ou à l’autre ou aux deux, je sais maintenant quoi dire : « chérie, je vais faire un peu de snorkeling tu t’occupes des enfants ? ». Le snorkeling, c’est le top. En quelques sessions j’arrive même à me caler des micros-siestes et je pense qu’un bon snorkeleur doit pouvoir atteindre le sommeil profond, mais je ne suis pas encore à ce niveau.
Vav aussi fait du snorkeling à Air Batang et c’est assez drôle de la voir faire : couchée dans sa bouée rose, la tête enfoncée dans un masque qui ressemble à un saut gonflé avec une vitre au fond et criant à chaque poisson ou corail qu’elle voit. Gauton lui ne snorkel pas, il préfère faire son puzzle de Baloo. Il est arrivé à un tel stade de connaissance sur ce puzzle, qu’il sait reconnaitre les personnages qui sont sur les pièces quand on les lui présente côté carton et à l’envers. Dis comme ça, ça n’a l’air de rien, mais à voir c’est assez surprenant et on ne peut pas s’empêcher de penser en le voyant faire à Dustin Auffman dans Top Gun ou dans un autre film**. Bon allez, je vais snorkeler mon lit, car demain matin, les singes vont encore se taper un délire sur notre toit en taule à 7h00 et réveiller notre petit Baloo-maniaque.
* Avec des palmes peut-être.
** Sans google j’ai moins de culture cinématographique.

 

La cayra de Tioman

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Une chose sympa à savoir sur Tioman, c’est qu’il n’y a pas moyen de retirer de l’argent (à part à l’aérodrome de Tekek à très mauvais taux) et qu’évidemment personne ne prend la CB, c’est donc désargenté que nous élisons finalement domicile chez ce bon vieux Moktar (12 € la nuit après négociation) à Air Batang, relativement loin du paradis de Nipah.
Ici, à Air Batang, il existe 4 catégories bien distinctes de personnes : les plongeurs, les glandeurs, les locaux et les Reblochons. La plage est assez sympa, les restaurants bons et pas trop chers et Gauton a même une copine répondant au nom de Ticha*, bref le coin nous plait vraiment et nous avons décidé d’y séjourner jusqu’à la fin du mois.
Allongé sur la plage, j’entends un hurlement de terreur, ne répondant qu’à mon courage je réveille la vieille dame à côté de moi en lui lançant une poignée de sable :
- Je crois que ta fille t’appelle.
Le deuxième hurlement me semble plus calme, aussi je préfère attendre le troisième pour me faire un avis définitif. Celui-ci ne tarde pas à venir et sans plus réfléchir, je m’élance dans une course folle d’au moins 25m. Sop et Vav sont au milieu d’une meute enragée de singes et c’est héroïquement que la mère de mes enfants tente de garder au près d’elle une bouteille de litchi à 4 ringgits. La maman singe** l’emporte finalement et sentant la forte odeur de l’homme ultra-dominant que je suis, les primates prennent rapidement le large.
C’est ainsi que nous faisons connaissance avec la racaille de Tioman, nous ne pourrons désormais plus rien laisser traîner sur la petite terrasse de notre guesthouse, à moins que Sarkozy vienne d’ici fin septembre, y passer quelques vacances.

* Je crois qu’il l’aime particulièrement car dans le langage de Gauton, Ticha ça veut dire « petit chat » et il est vraiment fan des tichas.
** « maman singe » est ici au sens propre, Sop a donc évidemment perdu.

 

Tioman – Nipah

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Abbas a mis les conseils d’Edlinger de côté et monte à son cocotier avec une technique très largement inspirée de celle du singe. Sous le regard médusé de Gauton, qui en lâche son puzzle de Baloo, le propriétaire de notre gesthouse, sort un énorme couteau et laisse tomber 3 noix de coco : « le goûter est prêt ». Vous l’avez sans doute deviné, nous sommes à Nipah, sur une plage de rêve, à Tioman. Vav est aux anges parce qu’on lui a promis de rester ici 10 jours.
Abbas, l’un des 12 heureux habitants de Nipah est un type incroyable, une sorte de Jack Sparrow Malais, super souriant qui boit du rhum et qui remercie toujours ses cocotiers après avoir coupé une noix. A côté de lui, t’as vraiment l’air d’être un Américain de base, il a un petit singe et attrape les serpents comme tu attrapes ton hamburger. Ses chalets sont vraiment rustiques*, mais ils ne sont vraiment pas chers (70 ringgits environ 18 euros), c’est le coin à éviter absolument si vous transportez avec vous une grand-mère reptilophobe, des enfants de moins de 3 ans ou si ta femme n’est pas trop fidèle, c’est donc pour une de ses 3 raisons (je ne vous dirai pas laquelle) que nous décidons de partir 2 jours plus tard.
La nuit tombée, nous laissons donc la vieille dame avec sa phobie, ses petits-enfants dans un chalet ouvert aux 4 vents entre mer de Chine et jungle et allons expliquer la situation à notre hôte qui prend la mauvaise nouvelle avec toujours le même sourire.
Ce n’est que le lendemain que nous subissons pour la nième fois la célébrissime citation « gentil n’a qu’un œil ». Car, si nous avons essuyé durant les deux nuits précédentes des fuites spectaculaires** du toit, si Gauton a frôlé la mort tout proche de dire son ultime « pas dodo » dans le gosier d’un python, ce n’était rien face à la note ultra-salée que nous avait réservé notre rasta-pirate. Deux jours pour seulement 150 euros… complètement hors-budget pour la famille reblochon***…

* ok, ils sont pourris
** à ce niveau-là on peut commencer à parler de douche
*** budget des Reblochons : 25-30€/jour